Le terme « comprovisation » — contraction de composition et improvisation — désigne des productions musicales dont l’identité est indissociable de la nécessité d’être improvisées en performance. Si le concept est mobilisé dans la littérature académique depuis les années 2000, les recherches restent centrées sur les processus compositionnels, négligeant la perspective du musicien aux prises avec l’exécution de ce genre de productions. En adoptant une démarche de recherche-création, cette thèse interroge les trajectoires créatives du performeur, de sa préparation de la pièce à son interprétation en public. La première partie retrace le cadre historique de la comprovisation, en étudiant sa filiation avec l’œuvre ouverte et l’improvisation libre. On examine ensuite son cadre conceptuel, l’extrayant de sa condition d’entre-deux, en s’appuyant sur l’ontologie de l’improvisation, la philosophie des arts performatifs et les recherches sur la distribution de la créativité. La redéfinition à laquelle aboutit cette réflexion constitue la base d’une méthodologie d’analyse des notations et des performances de comprovisation. Ces outils sont enfin appliqués au corpus de créations du spectacle Allēlōn (2023-2026) : quatre œuvres qui correspondent à la catégorie des compositions à improviser, créées en collaboration avec trois compositeurs et une compositrice, et qui constituent la partie artistique du travail de thèse. L’analyse des œuvres du corpus, des processus créatifs et des performances montre que les stratégies singulières du performeur face à ces œuvres donnent lieu à des opérations complexes et récursives : du travail en amont à la performance, de la forme générale au micro-geste (selon les caractéristiques de chaque œuvre), le musicien négocie sa trajectoire dans une rencontre constamment renouvelée entre les caractéristiques composées de l’œuvre, sa propre expertise de praticien et les caractéristiques de sa personnalité musicale.